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Faits divers à la Belle époque

A Nogent, le 15 mai 1912, dans une petite maison située au pied du viaduc, Garnier et Valet, membres de la célèbre Bande à Bonnot, sont abattus par la police au terme d'une nuit de siège. Selon des témoins, près de 25 000 personnes, venues de Paris, assistaient à l'hallali final. Le lendemain, le propriétaire du pavillon, installait un tourniquet payant et l'on vendait des morceaux du matelas ensanglanté avec lequel les deux hommes avaient tenté de se protéger. Des dizaines de cartes postales furent imprimées, tandis que la presse s'emparait à la une de l'événement. Garnier et Valet, des anarchistes ? fait de société. Des bandits ? Fait divers.

De tous temps, le fait divers a exercé une fascination. Autrefois, les colporteurs propageaient des brochures, vignettes, chansons. Mais, à la fin du XIXe siècle, le tirage des journaux permet une diffusion de masse. La Belle Epoque raffole de ces situations exceptionnelles et tragiques, mais aussi comiques parfois, que sont les faits divers. Crimes, accidents, catastrophes naturelles, anecdotes cocasses, animaux devenus fous... rendent compte de la réalité dans la mise en scène de l'imaginaire d'une époque. La "tragique rencontre de deux aéroplanes" cède vite la place à la "terrible mort d'un aéronaute". Au "naufrage d'un sous marin" succède celui du Titanic. Le bruit du "Coup de canon fatal de Tunis" est couvert par la "terrible explosion de dynamite de Cugny".  

 "Terrible chute dans la rivière"

 "Terrible accident d'automobile" 

 "Terrible accident de montagne"...  

Tout un monde ne cesse de tomber: des enfants sont emportés par les chutes du Niagara ; un pont suspendu se rompt, vingt enfants sont noyés ; l'inventeur d'un parachute se jette de la tour Eiffel et se tue ; enlacés, ils se jettent du haut de la cathédrale.

Tout un monde ne cesse d'être dérangé : les ascenseurs écrasent les hommes, les ours attaquent les cyclistes, les chevaux se suicident.

Tout un monde qui explose : une poudrerie, le laboratoire municipal, les locomotives.

Tout un monde cocasse: mariage de géant ; un fou complètement nu dans le Palais de Justice ; une morte vivante ; une fortune grignotée par des rats.

Les progrès des techniques d'impression permettent à la presse de généraliser l'image d'abord en noir et blanc, puis en couleurs, dans les suppléments illustrés de journaux tels que le Petit Journal, le Petit Parisien, ou encore l'Intransigeant, principaux titres de la presse populaire. L'exposition s'attache à décrire le fonctionnement du fait divers, à montrer son rôle dans l'imaginaire, elle présente en un premier temps une sélection d'images traitées thématiquement : les peurs d'une société se donnent à voir dans sa mise en scène du fait divers. Viennent ensuite des comparaisons : S'agit-il du même boucher assassin dans le Petit Parisien et le Petit Journal ? Des études de cas, portant sur des faits divers représentatifs, où l'on souligne le rôle de l'image, sont ensuite proposées et l'accent est mis sur le rapport entre ces images détonnantes et les textes qui les commentent. En final, sorte de galerie des horreurs, des images où   apparaît l'aspect grand-guignolesque des situations, montrent la proximité entre le rire et le tragique.